Mes premières neiges

Ce matin quand je suis sorti de chez moi, un épais manteau de neige encore immaculée recouvrait les rues de Reims. Le temps de filer jusqu’à la gare et d’être parsemé de flocons de neige, je m’installais dans le train pour vivre ma grosse journée hebdomadaire. Au vue des centimètres qui s’empilaient, je me doutais que ma journée n’allait pas se dérouler totalement comme prévu. Car dans les Ardennes, la neige est souvent synonyme de fin des temps, huitième plaie d’Egypte, de balrogs qui ne passeront pas, d’attaque de Kyubi il y a 16 ans [vous l’avez compris : ça craint grave].

Balrog-et-Gandalf

J’étais peu convaincu en partant, et mon arrivée dans les Ardennes n’a fait que confirmer mon impression. La solitude scolaire me guettait. Lors de mon arrivée au lycée, je suis le premier à fouler la neige [exceptés les chats qui se baladaient], une impression agréable mais peu rassurante. A huit heures pas de chahut, de bruits de pas, de précipitations, de cris dans les couloirs. Le lycée est vidé de ses habitants. Seules quelques âmes vagabondent ici ou là. La CPE s’étonne même de me voir à l’heure en sachant que je viens d’assez loin mais c’est connu rien ne m’arrête [ instant je me la pète].

neigeforte

A 8 heures, ma première classe est à peu prêt remplie de 30%, c’est assez encourageant pour la suite. Après les avoir noyés sous des notions juridiques, j’abordais les deux heures suivantes avec beaucoup d’espoir d’une journée normale. Mais ma classe suivante me ruine tous mes espoirs avec une seule et unique élève présente pour la classe [et comme par hasard, c’est la classe qui a un DS].  Ne sachant quoi faire avec cette unique élève, je la relâche dans la nature [sous autorisation]. Suite à ce cours perdu, quatre longues heures s’écoulent, j’erre dans le lycée, discute avec des élèves, tente d’avancer un cours, corrige des copies, mets à jour mes bulletins, discute avec des collègues mais le lycée est vide d’élèves, de profs, de vie. Il ne reste que l’appel du préfet pour nous sauver de cette journée moribonde et peu constructive. D’habitude, le moindre pet de vent et la simple vue d’un demi flocon déclenchent le plan “fin du monde”. Mais aucune nouvelle du préfet, nous ne rentrerons pas chez nous et nous assurerons les cours malgré la neige qui s’entasse à l’extérieur.

Newhope

14 heures, l’après midi démarre, une nouvelle classe, un nouvel espoir [un empire contre attaque et un retour du jedi]. Six élèves. C’est peu mais la classe comportant 13 élèves au total avec 50% de l’effectif présent, je m’engage dans le cours prévu évitant le retard de fin d’année avec le secret espoir que les absents rattraperont. 16 heures, j’entame mon dernier cours de la journée. Deux heures avec la même classe que le matin. Entre temps, l’effectif a fondu contrairement à la neige qui elle ne cesse de tomber. Face à mes sept élèves, sept survivants d’une apocalypse polaire, je lance mon dernier cours de théories économiques, histoire que le weekend soit vraiment salvateur.

La sonnerie retentie, l’établissement est vide. Point de précipitation, de cris, de pas. Juste le silence des couloirs vides et de la neige qui tombe. je descends les escaliers en m’armant de mon bonnet, de mon écharpe et de mes gants pour affronter la neige. La première de l’année.

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