Chapitre 1 : Un Dernier regard–Acte 1

– Entiendes nada!!! Pobre gilipollas!!!(1)

Ses talons claquent rapidement sur le sol en faisant un boucan monstre. Je suis dans la chambre, assis sur le lit, je regarde le vide, c’est la chose la plus intéressante aujourd’hui. Je ne bouge plus de peur de tomber dans un vide sans fin comme dans un cauchemar. Je l’entends encore émettre des paroles, j’imagine qu’elle m’insulte ou me trouve un quelconque défaut. Je reste là, je sais qu’il n’y a plus rien à faire, ni à rajouter alors je ne dis rien. Je pourrais tenter de dire quelque chose pour me défendre ou répliquer mais tout a été dit en quinze minutes. Alors, je me tais tout en tentant de refaire le film de ce qui vient de se passer.

Une étincelle née d’une remarque. Celle-ci a flambé comme un feu de paille, vite, le tout saupoudrer de tension et toute la pièce s’est embrasée. Au milieu de cet incendie de fin du monde, les mots ont volé dans la chambre, lourds de sens et de conséquences. Les mensonges sont devenus des vérités. Puis nous nous sommes fait mal, le plus mal possible, tentant de trouver la formule la plus blessante que nos lèvres pouvaient prononcer l’un comme pour l’autre. En français, en espagnol, peu importe, tout allait vite, tout faisait mal. On se haïssait en y mettant les formes et la ponctuation. On s’aimait pourtant, il me semble, avant, enfin je ne sais plus. En tout cas, je le croyais. Puis elle m’a lancé comme un ultime crochet :

– Es acaba, François, acaba para siempre !!(2)

Quand elle a prononcé ses paroles, il n’y avait pas de colère, dans son regard tout était clair. Je le voyais et n’entendais plus rien. Comme si le bruit ambiant avait disparu, comme si le tumulte de la colère s’était éteint juste pour m’envoyer cette phrase ultime accompagnée de ce regard sans pitié pour mon âme. C’était limpide, clair. Je n’avais rien à rétorquer à ces paroles. Je savais que ce n’était pas sous le coup de la colère mais c’était ce qu’elle pensait, ce qu’elle voulait, c’était le point final et définitif de notre histoire. Alors elle a tourné les yeux, je savais que c’était le dernier regard qu’elle me lançait. Je me suis assis et elle a quitté la pièce.

Je me remémore cette scène. Me passe en boucle cette phrase, ce regard comme si je voulais y trouver un sens caché. Je l’entends toujours marcher à travers l’appartement. Puis la porte claque un grand coup, l’appartement entier semble trembler comme s’il s’effondrait. Plus rien. Le silence digne du fond de l’océan, le calme le plus complet. Seul le chat semble vivant en s’entourant autour de mes jambes, ronronnant de toute son âme et me demande des caresses. Je suis complètement abasourdi. Tout semble mourir. Six ans de ma vie viennent de claquer la porte de notre, enfin de mon appartement du coup. Je m’allonge dans le lit, je cherche mon paquet, mon feu. Je m’allume une clope en regardant le plafond. J’aurais fait ça hier, j’aurais pris la pire volée de bois de ma vie. Mais aujourd’hui à quoi bon….

(1)”Tu ne comprends rien, pauvre connard!!”

(2)”C’est terminé François, terminé pour toujours!!”

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