Chapitre 1 : Un dernier regard–Acte 4

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Mon portable se met à réagir à nouveau, texto? Ah non WhatApp. Marie-Emilie. Super, Guy a fait la tournée des grands ducs. “ François, je viens d’apprendre la terrible nouvelle. J’espère que tu vas bien ? J’arrive!” Marie-Emilie, ma fausse petite sœur, la petite protégée du groupe et sûrement la plus intelligente d’entre nous qui semble voir ce que l’on ne voit plus, bouffés par notre grande expérience de la vie.

relfexion

Je sens qu’on va être un million chez moi….. Je n’ai envie de voir personne. J’ai juste envie d’être seul, de me noyer dans mes souvenirs. De repenser au moment où nous avons quitté Paris. Je pensais que c’était une bonne idée, retourner dans ma ville natale dans l’est de la France. Mes amis, ma famille, un boulot de prof à la fac bref tout mon univers m’attendait. Puis elle, amoureuse, m’avait suivi pour quitter ce qui la rattachait à l’Argentine pour me suivre dans ma froide et humide contrée. Tout s’est bien passé au début.  Puis au fur et à mesure de l’éloignement, le boulot et d’autres petits tracas ont bouffé notre couple petit à petit. Je ne voyais rien, je me voyais amoureux, je voyais mes amis,  mon boulot me plaisait. Elle détestait de plus en plus cette ville, détestait son nouveau boulot dans cette boite de logistique en rapport avec l’Espagne, ces “hijos de puta monárquicos” comme elle disait. Elle avait le don de se faire accepter partout quand nous étions à Paris mais avait du mal avec mes amis, elle se sentait étrangère. Pourtant sa chaleur et son caractère avaient séduit tout le monde. Puis elle se mit à sortir, régulièrement, souvent, trop… puis quand on recherche un peu, on trouve… J’y ai trouvé la fin de notre couple. La fin de notre entente franco-argentine pour des partenariats extérieurs.

Aujourd’hui, c’est juste la fin. La fin du monde de mon point de vue. Je n’ai rien à quoi me raccrocher et surtout rien à espérer. Elle a été si claire même quand elle s’exprimait en espagnol je comprenais que je n’avais rien à imaginer sinon à entrevoir et que j’étais un gros con. Bref je suis allongé sur mon lit, à fumer, sans espoir à regarder mon plafond qui ne m’a jamais semblé aussi intéressant et un chat qui s’est logé contre mon cœur en ronronnant très fort comme pour tenter de le relancer.

J’essaie de me concentrer sur le silence, le vide. Je me mets en position fœtale du coté de mon lit sans oser passer la frontière invisible séparant le lit en deux. Comme si le côté droit était un sanctuaire que je ne pouvais pas violer. Le chat me tourne autour. Je suis si profondément brisé que rien ne vient ni tristesse, ni larme, ni désespoir. J’imagine que la fin du monde ressemble à ça quand il n’y a plus rien, nous ne pouvons plus rien ressentir, nous ne pouvons que subir sans riposter.

Plongé dans mes divagations pleines de mélancolie, la sonnette déchire le silence. Je ne sais pas si on vient me sauver mais mon entrée dans les ténèbres vient de se stopper. La vie se rappelle à moi. Je me lève tel un zombie. Traverse l’appartement, d’un pas lent, essayant de ne rien regarder autour de moi de peur de tomber sur un objet, ou une photo me rappelant Marianna. J’ouvre la porte.

Guy est là, son regard noir est déterminé. Il indique qu’il va me secouer et me sortir de là. Il me prend dans ses bras, ce que je déteste mais je n’ai pas la force de résister et il me glisse à l’oreille : “ les autres arrivent, nous sommes là.”

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