Chapitre 2 : Des regards Amicaux–Acte 1

Je suis affalé dans le canapé. Je suis allongé, les yeux dans le vague. Je ne sais pas si je suis triste ou si j’ai encore le cœur qui bat. Je me sens comme mort. Pourtant autour de moi, la vie continue d’avancer, de battre, d’exister. J’ai juste plongé dans un abîme sans fond. Les secours arrivent au compte-goutte. Guy accueille mes amis, ouvre la porte, explique dans quel état je suis, précise où sont les bières, que non ce n’est pas une salope, que c’est la vie. Il est mon secrétaire personnel post rupture qui gère les demandes immédiates que je suis incapable d’entendre, ni même d’admettre.

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Je me retrouve progressivement au milieu de mes amis. Tous ayant répondu à l’appel de mon jeune frère comme si le destin du monde en dépendait. D’une certaine manière, ce n’était pas faux. Le destin de mon monde en dépendait, celui-ci était au bord de l’extinction. Je ne réalise pas encore ou pas tout à fait qu’il n’existe plus. Je crois que je ne veux pas l’accepter, je ne veux pas y croire. J’essaie de trouver des raisons d’espérer, de me raccrocher, de me dire que peut-être que non, ce n’est pas vrai puis me reviennent en tête ses paroles… Puis tout s’effondre à nouveau encore et encore. Comme si je revivais cette scène à l’infini.

Je suis le sujet de toutes les conversations, je suis le centre de l’attention. Chacun de mes amis m’adresse une parole, une remarque gentille, me serre contre lui, me tape sur l’épaule. Mais jamais un mot de trop, ni de vieilles blagues salaces ou un de ces traditionnels vœux de rupture que l’on a tous prononcé mille fois comme une de perdue dix de retrouvées ou ce n’était pas la bonne. Nous n’en sommes pas encore là, il faut déjà me sortir de cet abîme avant d’envisager des situations de repli ou de nouvelles conquêtes.

Chacun essaie de faire de son mieux vis-à-vis de moi, d’agir normalement comme si de rien n’était comme pour retarder l’échéance où nous allons parler de Marianna, pour rentrer dans le vif du sujet. Puis, j’ai besoin de parler, de dire ce que je pense, de soulager ma conscience, de croire ou de ne plus espérer. Le poids de cette rupture est lourd à porter, je suis sur le point de m’effondrer.

Richard cherche des bières. Guy reste près de moi, il observe la moindre de mes réactions, il me parle mais je n’écoute rien. Je suis toujours assis et je regarde mes pieds. Marie-Emilie est en face de moi. Louis est appuyé sur le mur sûrement à la recherche de la parole suffisamment juste pour m’aider comme toujours. Gaspard est arrivé, il n’est pas coiffé, on a dû le sortir du lit. Il était sûrement avec sa dernière copine qu’il a dégotté lors de l’une des soirées où il a mixé. Je me demande quel âge elle doit avoir… Enfin je m’enfous, je crois. Une partie de mon monde est là, comme si il y avait un enterrement, en attendant que je lance une parole. C’est l’enterrement de 6 ans de vie. Je m’enfonce plus dans le canapé avec de la chance il va m’absorber, je vais devenir ce canapé et tout le monde va m’oublier. Je veux disparaitre et arrêter de vivre cette journée. Mais, je crois que tout le monde attend que je me lance dans une oraison funèbre.

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