Mes bandes dessinées #45 : Jamais, Je n’aurai 20 ans

Quand je suis passé à la FNAC de Madrid, il y a quelques années, j’ai voulu découvrir ce qu’offrait la BD espagnole. Je suis tombé sur quelques pépites. Mais il faut bien l’avouer, la BD espagnole est bien moins importante que la Franco-belge. Depuis, quand je vais en Espagne et que j’ai repris des cours de la langue de Cervantés, j’aime de temps en temps lire une bande dessinée en espagnol. Un bon moment de progresser et de découvrir un peu de culture locale.

1

Aujourd’hui, encore j’achète quelques bandes dessinées d’auteurs espagnols. La dernière en date, traduite chez Delcourt, est « Jamais, je n’aurai 20 ans » de Jaime Martin. J’ai terminé cette BD d’un trait, complètement absorbé par le récit et servi par un dessin clair et agréable. C’est une bande dessinée autobiographique sur les grands parents de l’auteur durant la guerre civile espagnole. Un rappel des horreurs de la guerre civile mais aussi de la victoire du fascisme et de ses conséquences.

Couv_290023C’est un beau récit prenant, dur par moment, rappelant que la guerre frappe tous les âges, toutes les situations et qu’elle n’épargne personne. C’est ce que montre cette BD mais aussi comment l’Europe de 1930 a laissé Hitler, Franco et Mussolini imposé leur force au nom de leur idéologie pour écraser l’espoir d’une population qui rêvait de lendemains qui chantent. Martin raconte l’histoire de sa grand-mère puis de son grand père, de la défaite de la république d’Espagne mais aussi comment leur engagement contre Franco a été un poids à porter pendant des années depuis la fin de la guerre où la moindre jalousie, doute ou esprit contraire au régime pouvait vous emmener en prison. Où seuls les pots-de-vin pouvaient vous assurer la tranquillité ou la moindre parole rappelant la république pouvait être sanctionnée. De la petite histoire comprendre la grande.

Ce roman graphique me permet de mettre en avant une bande dessinée peu connue chez nous : la BD espagnole [Sortie de Maflada qui est argentine]. Les auteurs hispaniques sont bien moins importants qu’en France. Les mangas, les comics et les gros classiques francophones dominent d’ailleurs largement le marché de la bande dessinée espagnole. Il y a peu d’auteurs qui percent au-delà des Pyrénées. Pourtant quelques dessinateurs méritent d’être reconnus grâce un coup de crayon formidable et un sens du récit qui est fort sympathique. La BD espagnole mérite largement le détour surtout de par l’histoire même de l’Espagne qui a vécu sous une dictature jusqu’au milieu des années 70. Ces auteurs ont donc connu, eux-mêmes, par leurs parents ou grands-parents, le régime de Franco et ses dérives. J’ai ressenti à travers les différents récits, ce besoin de témoigner, de se réapproprié leur histoire souvent voilée, cachée par le gouvernement franquiste et oublier cette page noire du royaume d’Espagne.

Jamais60 (1)

Ce que j’ai lu en espagnol ou français de la BD espagnole est une approche intéressante et sincère de la guerre civile, du fascisme. C’est un thème récurrent que certains auteurs traitent sous différents aspects. Des récits imaginaires ou des témoignages souvent troublants, forts en émotion et qui évoquent sans détour les horreurs de la guerre surtout civile ou l’ennemi était l’ami d’hier. L’affrontement d’idées, de pensées entre gens d’un même pays qui se transforme en conflit armé. Surtout que celui-ci a été soutenu par les puissances fascistes des années 30. Le pire, c’est qu’elles ont vaincu la démocratie, la liberté de pensée et de s’exprimer. Une défaite amère que les auteurs espagnols savent mettre en avant. Les conséquences, la douleur du peuple espagnol est palpable dans ces récits tout en montrant que les autres puissances dont la France n’ont pas fait grand-chose [et que nous n’étions pas plus sympas avec les migrants espagnols d’hier que ceux syrien aujourd’hui]. Je ne peux que recommander La nueve [Sur un régiment de républicain espagnol qui après la défaite s’est battu pour la France], El faro [où un jeune soldat républicain tente de fuir les franquistes] et L’hiver du dessinateur [Sur la prise de liberté de cinq dessinateur face à leur éditeur du temps de Franco], toutes ces BD sont du même auteur Poca Roca. Auteur espagnol star qui publie un bon nombre de bonnes BD. Promenades de canadiens de Carlos Guijarro qui évoque un épisode sanglant de la guerre civile. Un dessin fragile mais un récit poignant.

20ans-1 (1)

Bien sûr, je ne peux que vous recommander Jamais je n’aurai 20 ans de Jaime Martin, ce récit poignant sur la fin de la jeunesse avant l’heure, la survie face à l’horreur et au-delà du témoignage, une histoire qui fait réfléchir. Une vraie bonne BD qui mérite qu’on s’y attarde. Je vous souhaite bonne lecture.

Publicités

Sinon, tu peux laisser un commentaire.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s