Jour : 13 novembre 2017

Poursuite d’études

Branle bas de combat à l’Education Nationale, suite à un été calamiteux en terme de places dans les universités, de sections universitaires en sur-tension [STAPS, Psycho et droit], des étudiants sans établissements et surtout l’échec de lycéens dans des filières choisies ou par défaut. Le système d’orientation des terminales a été remis en question.   Alors vu comme ça, ça craint mais ce n’est pas un mal. Le système APB était un peu bancal par moment et ultra obscur pour les non initiés. Tout n’est pas complètement à jeter mais c’était clair qu’il fallait faire quelque chose.

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Du coup dans l’urgence la plus totale et avec ce qui de mon point de vue semble être une méconnaissance du terrain, le ministère de l’Education Nationale propose des solutions pour mieux orienter et assurer le succès des lycéens après le bac. Alors autant vous dire que ça n’invente rien, c’est pas super intelligent et parfois complètement à coté des vrais problèmes.
Mais commençons par le seul vrai bon point. Une des directives est de proposer des soutiens, des remises à niveaux et des accompagnements pour les lycéens en difficultés entrant en université et autres études supérieures. Car ne nous leurrons pas, les principaux problèmes sont un problème de niveau, assiduité et de méthodes et de travail. Par exemple mes L3. Sur mes 150 élèves en CM, seul 40% sont encore présents au dernier cour. Par contre pour les cours obligatoires avec appel tout le monde est présent [je vous laisse réfléchir sur les termes présentes obligatoire et présence conseillé]. Mais revenons au lycée. c’est ici que démarre, la poursuite d’études.
Cette année, j’ai des terminales comme depuis de nombreuses années, je suis aussi professeur principal. Je sais, je pense comment se passer l’orientation au lycée et surtout sur le suivi que l’on fait chaque année. Mais revenons ensemble sur ces mesures qui vont sauver l’avenir de nos chères têtes blondes. Je n’enseigne pas dans des lycées en difficulté, on pourrait penser qu’il sera facile de mettre ces mesures en place mais, l’éducation nationale oublie de regarder les vrais problèmes en place.

On nous propose  deux semaines dédiés à l’orientation… Alors Oui mais tu crois que l’on fait quoi? du poker? Les élèves de terminales ont des réunions d’orientations, des heures dédies à l’orientations, des informations sur internet, des réunions avec les Conseillers d’orientation. Bref, les élèves ont de l’information sur l’orientation voire trop d’information, car a part le bac, ils vivent, ils chient, ils pensent orientation. En bloquant deux semaines on a droit de voir plusieurs soucis : Perte de deux semaines dans la préparation du bac, l’évolution du programme, bref ce qui prépare réellement à la poursuite d’étude. de plus, certains les lycéens savent ce qu’ils veulent faire et qui sont dans cette logique avec leur bac… ca va durer deux minutes pour ceux là. Donc du coup, pendant deux semaines, d’un ca va être long, de deux on va bien les embrouiller.

En général au bout d’une dizaine d’heures avec les portes ouvertes et toutes les possibilités offertes, les lycéens savent où ils veulent se diriger, ils ont des choix plutôt précis sur leur poursuites d’études. Certains désirent arrêter par choix [difficile à accepter pour l’institution], d’autres veulent réellement faire des sections où ils ont peu de chance de réussir [niveau faible, ne correspond pas à la filière] mais n’entendent pas les recommandations. D’autres se lancent dans des filières avec un niveau faible et abandonne face à une incapacité à suivre. Bref je vais y revenir le problème est plus un problème de niveau et d’accès que d’orientation. Puis ils y aussi les élèves qui veulent rentrer dans le milieu professionnel, l’alternance. Je pense que là, il y a des choses à faire : annuaires de professionnels désirant prendre des alternants, plus fort partenariat entre alternance et lycée, incorporation des choix alternances dans la poursuite d’études, peut etre des points d’informations mis en place par les professionnels pour mieux recruter des alternants [maison de l’alternance pour les lycéens] car la aussi c’est pauvre.

Autre proposition qui donne l’impression qu’on fait des tournois de Ping-Pong : le rôle renforcé du conseil de classe. Pouce en l’air!! En clair, il n’y pas de procédure lourde et chiante [comprendre pleins de papelars à remplir] mais on fait le conseil, l’analyse des choix lors le deuxième trimestre, l’équipe donne un avis sur l’orientation et sur les éventuels  choix… Bref, oui mec, on le fait déjà et pas qu’un peu et depuis des années.. Sachant qu’à la fin 1er trimestre beaucoup de lycées sont en réflexions les choix se faisant dans le deuxième trimestre.

Une vraie bonne idée aurait été de déplacer les avis définitifs sur le troisième conseil de classe pour garder les lycéens affutés et  permettre de rester dans un dynamique de progrès et de travail. Car dès le second conseil de classe, les choix d’orientation étant validés et envoyés une partie des lycéen arrêtent de travailler ou parfois sèchent les cours pensant que ce troisième trimestre n’aura aucun impact sur leur poursuite d’études vu qu’il ne fait pas partir du dossier. Là, il y a une vraie piste de réflexion.

Le plus gros lol est de mettre Deux professeurs principaux en classe terminale. Encore une méconnaissance du terrain. Car trouver des profs principaux n’est déjà pas facile.. alors deux… surtout que le prof principal donne des conseils, offre un suivi de sa classe. certes à 30 élèves voir plus mais tous sont suivis, orientés et conseillés. Se diviser la tache et avoir deux prof principaux d’embrouiller les élèves et de faire des doublons même si la classe est divisé par deux [et pour l’avoir annoncer à mes élèves, la grosse panique et l’incompréhension, merci qui??]. Sans parler du cout, de la recherche de volontaires…

Les autres mesures existent déjà et ne sont que des effets d’annonces pour faire style on réfléchit sur le problème. L’aide à l’orientation dans le cadre du tutorat [c’est déjà le cas, on fait certes du soutien et du suivi mais évidemment on donne des conseils d’orientation], l’aide à l’orientation dans l’accompagnement personnalisé [MDR, c’est écrit noir sur blanc dans les directives depuis genre sa création], des ressources numériques pour mieux accompagner les élèves [ok éducation nationale: internet ca existe depuis les années 2000]

Bref, du plâtre, des jolis collages et une fuite en avant des vrais problèmes. De vraies mesures pour renforcer la réussite, elles sont pourtant simples :

  • Renforcer les heures au lycée et les programmes pour que les lycéens ont un niveau suffisant pour suivre après le bac. Je sors d’une filière STT qui a été réformé par deux fois depuis en STG puis STMG, le programme de la spécialité à été réduit d’un tiers voir plus. Des connaissances nécessaire pour suivre dans le supérieur mais le motif avancé c’est qu’ils apprendront plus tard.
  • Arrêter la poursuite aux mentions ou au 90% de réussite du bac, en faire une vraie épreuve de validation d’un cycle secondaire pas un examen à multiples options où on peut finir à 21,43 de moyenne sur 20. Ou alors ne pas permettre un accès aux universités qui devrait mettre en place des concours qui leur sont propres. Le bac est malheureusement devenu une passoire où l’objectif est d’aligné les mentions.
  • Réduire les effectifs autour de 25 pour un meilleur suivi, un meilleur travail, une meilleure progression des élèves
  • Mettre en place un vrai accompagnement personnalisé pour les élèves en difficultés, les plus faibles ou ceux qui le désire par pour toute la classe dans un soucis d’égalité et non d’équité. Les élèves bon ou qui ne sont pas en difficulté parasite plus un groupe.
  • Pour les lycées pro qui veulent poursuivre mettre en place une année de mise à niveau [ce que j’ai connu dans un établissement de formation et c’est vraiment efficace]. Ou alors recentrer les intentions première du lycée pro [former des jeunes actifs pas de futurs universitaires]

Certaines de mes idées demandent de l’argent [assumer des redoublement au bac c’est avoir plus d’élève au lycée qui coute cher] d’autres sont entièrement gratuites car c’est juste repenser des mesures actuelles, des programmes plus dense mais plus d’heures, moins d’élève tout ca demande des structures, des moyens humains etc. tout cela demande de l’argent que l’Etat Français n’a pas. Mais clairement il y a un problème mais ce n’est pas une question d’orientation plus une question de niveau, d’acquis, de méthode, d’élèves en difficulté au lycée qui ont eu le bac par chance et qui se trouvent en plus grande difficulté dans le milieu universitaire.

Si l’Education Nationale arrive à réaliser qu’elle envoie des élèves au casse pique presque volontairement. Qu’elle n’arrivent pas à voir leurs difficultés, qu’elle accepte que des élèves qui plafonnent à 5/6 de moyenne depuis la seconde, passe le bac, l’ont et se trouvent en difficulté par manque d’acquis. Il ne faut pas s’étonner, ce n’est pas un problème d’orientation. Les défauts d’APB mettent juste en lumière ces difficultés, certes des filières qui semblent sexy [comme STAPS alors que les élèves n’y réussissent pas forcement faute de niveau et de méconnaissances sur cette filière et ceux malgré les informations] ou des voies comme le BTS qui sélectionne pour éviter juste l’échec quasi assuré de certains élèves qui clairement ne suivront pas.

SI on cherche à mettre en difficulté des élèves, l’Education Nationale y arrive, la chance est que des équipes pédagogique des lycées tentent de mettre en place des choses sur le terrain pour limiter la casse et éviter les catastrophes. C’est la qu’on doit regarder, au quotidien sur le terrain où les collègues font de leur mieux pour assurer les réussites présentes et futures des élèves.

L’orientation n’est pas une chose aisée mais réussir demande, des compétences, un niveau, une envie. Des élèves ne sont pas forcément adaptés à ce système, d’autres se trompent ou n’ont pas de bonnes bases. Mais dire que les élève sont mal orientés, c’est éviter le fond du problème. C’est comme dire que la voiture a pris la mauvaise route alors qu’elle était sur la réserve dès le début du chemin… Elle n’aurait pas été beaucoup plus loin.

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