2ème Dan

En juin de l’année dernière, je suis parti à Strasbourg pour tenter de passer mon 2ème dan de Taekwondo. J’ai échoué. La cause ? Un stress important, si important, qu’il m’a paralysé. J’ai raté ma première prestation de passage en me retrouvant dans la position inverse que j’aurais dû avoir.

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J’ai alors donné le maximum dans les autres épreuves, pour tenter de remonter l’impossible. J’ai échoué. Un point c’est tout ce qui me manquait. Mais peu importe le nombre de points, un ou mille, un échec reste un échec.

Les raisons de mon échec étaient évidentes. Mon premier Poomsé [ensemble de mouvements coordonnés] raté, certaines techniques non maitrisées, des oublis, une préparation insuffisante. Puis surtout un stress qui m’a faire perdre mes moyens. J’ai tenté de le contrer en fonçant mais ce n’était pas une bonne idée, comme à chaque fois qu’il y a un enjeu, quelque chose qui demande de ma part à une prestation personnelle. La compétition, l’enjeu, la pression sont pour moi des facteurs de pertes de moyens importants. Impossible à contenir, je suis obligé de composer avec mon manque de confiance en mes propres capacités.

C’est pour moi, un vrai combat qui s’engage contre mes doutes, mes capacités contre moi-même. A chaque fois que je dois lutter contre un adversaire, un jury, ou que je dois faire avec un ensemble de paramètres qui ne dépend pas de moi, c’est la panique. Trouver des astuces pour contourner mon impossibilité à lâcher prise, ma peur de l’inconnu ou éviter de m’infliger toute cette pression qui n’a pas lieu d’être est une gymnastique régulière [c’est ce qu’on appelle se compliquer la vie]. Il faut toujours un temps pour me lancer, prendre en main le projet, puis après ça roule tout seul. J’ai plus de facilité à me dépasser à l’entrainement où quand il n’y a pas d’enjeu.

Après cet échec, je n’ai pas baissé les bras. Ce n’est pas mon état d’esprit. Je sais me battre contre moi-même, je me connais. Je suis mon pire adversaire. Il fallait que je dépasse mes propres contradictions au moins le temps d’une journée.

Le prochain passage se déroulait en janvier de cette année. Alors comme à chaque échec, il faut relever mes erreurs, identifier les points qui n’allaient pas. Les trois mois avant la reprise en club, j’ai travaillé sur mes points faibles, j’ai tenté de travailler mon physique pour améliorer certains de mes gestes, les assurer. J’ai répété des techniques, j’ai couru, j’ai fait du gainage. J’ai aussi relevé mes points forts pour les consolider. Puis à la rentrée, a commencé un long chemin pour reprendre les bases, les renforcer pour réussir là où j’avais échoué.

En décembre est tombée la date de mon passage. Mon professeur m’a alors pris en main avec tout notre groupe en renforçant notre entrainement à chaque semaine. Durant deux mois, j’ai mis mon corps à rude épreuve, à répéter et répéter des mouvements. Puis l’entrainement est devenu journalier, régulier. Je répétais une fois, dix, mille fois certains mouvements jusqu’au jour J. Mon corps a commencé à lâcher progressivement : un tendinite au pied, une épaule que je lève seulement avec douleur, le tendon du bras qui me pince quand je tends mon bras. Je devais tenir une journée, supporter la douleur durant seulement quelques mouvements. Après une nuit qui fut plutôt bonne, suite à 4h30 d’entrainement, le combat contre moi-même pouvait commencer.

S’habiller, puis se mettre un baume pour atténuer les blessures, s’échauffer, attendre son nom. Puis c’est parti, je me présente devant le jury, avoir le cœur qui bat au-delà de sa limite, c’est assourdissant. Je salue, je me mets en position, je me lance. A chaque geste, je contracte mes muscles pour garder l’équilibre, pour mettre de la puissance, pour exécuter tel ou tel geste. Je tente de ralentir pour ne pas aller trop vite. Puis c’est la fin, je pousse un cri qui retentit dans l’ensemble du complexe désert. Cri de soulagement car la douleur est annihilée par le stress. Puis je recommence. Je crie de nouveau…. C’est le début des cinq longues heures de mon passage avec mes compagnons et camarades. Les épreuves s’enchainent : techniques, self défense, attaque défense, culture de taekwondo et combat.

Puis, c’est terminé. On nous aligne pour faire tomber le verdict fatidique. Bon ou mauvais, je n’ai plus le temps des regrets, j’ai fait mon maximum. La première pensée qui me traverse l’esprit au début de l’énonciation des noms est l’échec. Je me disais que si j’échouais encore, il faudrait reprendre depuis le début, recommencer. Le temps de me perdre dans mes pensées, c’est mon nom qui résonne dans la pièce. J’avance d’un pas, je salue le jury. Je suis ceinture noire deuxième dan.

C’est le soulagement, le travail à payer. Je respire de nouveau. Je salue une dernière fois le jury. Je peux enfin me relâcher mentalement et physiquement. Ce passage n’est pas une fin en soit car tout n’est qu’un éternellement recommencement. J’ai trois ans pour préparer un 3ème Dan. La route est longue.

Merci à mon professeur, mes camarades et amis ainsi que mon club de Taekwondo, Le Daehan [venez, on est gentil].

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