21,097 kilomètres

C’est dimanche matin, trop tôt pour être debout. Je m’habille avec ce short de basket et mon t-shirt de foot de l’AJA 2002. Je sors dehors. J’observe le ciel. Il est couvert. Je respire l’air frais, ma poitrine se gonfle. Je souffle pour relâcher mes muscles. Un brouillard enveloppe la cité en cette heure bien matinale. Je marche en direction du centre ville. je ressens la température trop basse pour quelqu’un qui a décidé d’enfiler un short et un t-shirt floqués d’un numéro.

43681869_901235656930562_3139100865462272000_n

En avançant, je croise d’autres coureurs, certains courent, d’autres discutent mais tout le monde s’engouffre dans les rues qui mènent au point de départ. Je marche lentement, je prends le temps de regarder autour de moi.

Je suis entre l’impatience et l’incertitude. Je me suis lancé dans ce 21 km car depuis quelques années, je dis que je vais m’inscrire mais comme à mon habitude, je n’ose me lancer. Un manque de confiance en moi, de mes capacités puis le fait de fuir est si simple. Oublier de s’inscrire ou ne pas le faire pour une raison obscure, c’est si simple.

Il y a une semaine sur un coup de tête alors que j’étais à Bordeaux, je me suis inscrit. On verra bien, je me suis dit. Ce dimanche plus moyen de reculer. Mon objectif est de finir c’est 21km comptant plus sur mon mental que sur mon physique. La dernière fois que j’ai couru plus de 10km date de 2016. Je fais confiance en mon endurance. J’enchaine les 10km depuis des années, il n’y a pas de raison de mon corps me lâche au delà. Puis peut être qu’il y a un défi à l’approche de mes 40 ans.

J’arrive au point de départ au milieu de la foule prête à se surpasser. Je place mon casque audio sur ma tête, lance ma playlist, la même depuis des années. 200 titres entre Offspring, machine-Head et des soundtracks d’animé japonais. La musique agit comme une drogue qui rythme mon allure. Elle devra me guider jusqu’à l’arrivée. J’observe encore le ciel, il est clair. Je bouge mon corps doucement. Répète des petits mouvements pour échauffer mon corps. Je ne le brusque pas. Je veux qu’il tienne.

A 8h30, c’est le départ, je suis dans le sas des 2h. Je me contente pour le moment de marcher pour arriver devant la ligne de départ. Je ne peux plus reculer, il est temps de se lancer. C’est parti, j’actionne la machine pour avancer et courir. Pour le moment, je me contente de contenir ma vitesse. J’essaye d’avoir une vitesse de croisière qui me permet de garder de l’énergie. Durant les 10 premiers kilomètres, j’essaye d’avoir un rythme cardiaque bas, d’être calme, de détendre mon corps et de ressentir les éléments qui m’entourent. Garder le contrôle sur mes efforts et mon corps car cette distance ne me pose aucun soucis.

Je passe le drapeau des dix kilomètres. Je dépasse ma distance habituelle. Le onzième kilomètre ne doit me permettre de voir où j’en suis, de sonder mon corps. Je me sens bien, pas de douleurs, pas de souffle court, pas de point de coté. Je peux avancer. Je calme mon rythme avec les hommes et les femmes qui m’entourent. Nous sommes tous à égalité sur le bitume pas de sexe, pas de catégorie socioprofessionnelle, même souffrance.

Au delà du kilomètre 11, je compte sur mes années foot et de taekwondo qui ont du me forger un cardio pour tenir jusqu’au kilomètre 16. Ma vitesse progresse à chaque kilomètre, mon temps moyen semble se réduire progressivement. J’essaye d’y aller doucement. Durant ces 5 kilomètres, les douleurs de mon corps de se réveillent une à une. Mon tendon qui a souffert à cause de mes entorses à répétition, ma tendinite sous le pied qui a du laisser quelques séquelles à mon pied gauche, ma cuisse où je me suis déchiré il y a quelques années. Même si ces douleurs ne font pas mal, je les sens mais rien d’insupportable. Mon corps est plus sensible, le fait que je cours sur la route depuis 1h30 doit y être pour quelques choses. Je dois taper dans mes réserves.

Le fameux kilomètre 16, c’est pour moi la dernière ligne droite. Les trois quarts de la course sont derrière moi. Cinq kilomètres jusqu’à l’arrivée. Je n’ai jamais fait une activité soutenue au delà d’une 1h30. Je vais devoir aller chercher des forces et de l’endurance.

J’essaye d’augmenter ma vitesse. Mon corps est lourd comme retenu pas une force invisible. On m’avait appris que courir est de lutter contre cette force invisible qui essaye de te retenir. Le coureur doit essayer de s’arracher à cette gravité verticale. Je dois lutter toutes les minutes pour ne pas que ce mur invisible me stoppe. Les cinq kilomètres sont le constat de mes limites. J’ai beau essayé d’accélérer, j’ai l’impression que mon corps reste sur place bien qu’il avance. Ce corps est lourd mais j’avance passant, évitant les autres concurrents qui semblent puiser comme moi dans leurs limites physiques.

Je remonte le long du canal, la route est droite, il n’y a qu’à avancer. Alors j’avance, je me projette vers l’avant. Le but a atteindre ne me semble pas éloigner même si chaque mètre semble de plus en plus douloureux. Mes jambes dans les deux derniers kilomètres me demandent d’arrêter mais j’approche. Le seul moyen d’arrêter cette douleur est d’accélérer mais j’ai l’impression que je vais faire éclater mes muscles.

Je vois la ligne d’arrivée. Enfin. Je tente comme les participants de courir jusqu’a cet ilot qui stoppera notre calvaire. Je passe l’arrivée. Je continue de marcher, je ne me stoppe pas net, je continue de marcher comme pour ne pas caler. Je reprends mon souffle. J’ai réussi, j’ai couru 21km150. Je regarde mon temps 1h53”16. Moins deux heures. Je n’en reviens pas. C’est un temps qui me semble convenable, bon selon les félicitations de mes contacts. On souligne mon courage car apparemment 21km en demande. J’avoue que j’en ai manqué durant quelques années pour me lancer.

Mais aujourd’hui, je l’ai fait. J’ai terminé mon premier semi-marathon. Les jours suivants sont que douleurs pour mes genoux et épuisement physique car je dors comme un bébé. Le temps de me reposer et je trouverais surement un nouveau défi.

Publicités

5 commentaires sur “21,097 kilomètres

Ajouter un commentaire

  1. BG, GG comme on dit.
    Un collègue de taf l’a fait, il s’entrainait depuis des mois pour y arriver… c’était compter sans l’arrachement musculaire du mollet du 7ème kilomètres.
    Une fois de plus big up, c’est beau. Prochain projet le marathon en entier ?

Sinon, tu peux laisser un commentaire.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :