Barrières

Il y a quelques années, je vivais une importante rupture amoureuse. Celle qui fait qu’on s’écroule, celle qui met à genoux, celle qui remet tout en question. A l’époque j’étais secoué, bouleversé, sonné mais debout. Les évènements de l’époque font que j’ai dû faire face à ce tsunami de colère et de haine dans ma tête pour avancer et me dépêtrer le plus vite possible de cette situation. Je ne pouvais pas m’effondrer, je me devais d’être debout sûrement par fierté, par respect pour moi et surtout aussi pour me montrer impassible face à l’autre.

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Dans les mois qui ont suivi, j’ai mis un pied devant l’autre pour avancer. Enfin tenter un simulacre d’avancement, c’est plus juste. J’ai encaissé cet évènement tant bien que mal. Il me remettait en question sur ma vie et celle que je voulais mener. J’avais l’impression de perdre pied. Mais surtout un autre sentiment m’envahissait, j’étais fatigué de tout ça. Fatigué d’aimer, de me remettre en question, de me battre pour exister auprès d’une autre, de construire. Mon cœur avait trop subi depuis de nombreuses années à force d’enchainer les déceptions et les trahisons. J’étais las de ce cycle qui ne cessait de recommencer à l’infini. Contrairement à Sisyphe, j’ai cessé de pousser cette pierre qui retombait inlassablement. J’en avais marre de me battre.

J’ai surtout voulu me protéger. C’est assez fou comme le cerveau humain a cette formidable capacité de s’adapter à chaque situation. Je me suis mis à créer des barrières pour éviter de subir à nouveau les mêmes situations. Une barrière mentale qui devait d’être infranchissable. Pour vous matérialiser l’idée, j’ai pris tellement de coups, j’étais si fatigué, mon cœur était si atrophié que la seule réponse que j’ai trouvé a été de m’entourer d’une barrière, une armure ou une muraille, peu importe le nom qu’on lui donne mais si épaisse, si dense, si dure que rien ne passe à travers : impénétrable et invulnérable. Je ne voulais plus rien ressentir, de plus rien éprouver. D’une certaine manière, j’ai réussi, je suis insensible à bien des situations, du moins, on me le fait remarquer. On m’a d’ailleurs fait remarque ou demander si quelque chose me touchait, tellement j’étais si peu expressif émotionnellement parlant. Je suis apparemment dénué d’empathie. Je ne peux pas dire que je ne comprends pas, que je ne me mets pas à la place des autres mais je réagis différemment. Je pense être une personne gentille, j’essaye d’être bienveillant mais tout cela ne sont que des comportements, des façons d’agir pas des sentiments. Il est facile de se comporter d’une certaine façon mais plus difficile de baisser la garde, ne serait-ce qu’un instant de peur de prendre le coup de trop.

Quoique l’on puisse me dire ou me reprocher, cette enveloppe était nécessaire pour soigner un organe qui avait trop souffert, trop donné et qui ne semblait plus capable de fonctionner correctement. Depuis, chaque fois que j’ai amorcé une relation, eu un rendez-vous ou même une simple rencontre, j’étais méfiant, je percevais tout ce qui n’allait pas, tous les éléments qui me prouvaient qu’à un moment ou autre je me retrouverais face à la même situation d’échec. Que cette fille qui se présentait face à moi n’était pas pour moi, il y a forcément un truc qui cloche.

Durant ces cinq années, j’ai préféré me diriger vers des histoires que je savais pertinemment sans lendemain liées à des barrières simples comme la distance, la différence d’âge ou la certitude que la personne en face ne désirait pas plus. Quand je sentais qu’il y avait une possibilité plus sérieuse, je fuyais la situation sans la relancer, édifiant des différences qui n’existaient surement que pour moi. Puis quand j’étais en phase avec une personne, je m’ouvrais un peu plus pour me refermer encore plus si cela ne fonctionnait pas. A se demander si je suis capable d’avoir des sentiments comme avant, voire, est-ce que je suis capable de montrer quelque chose ?

D’un autre côté, les gens me jugeant sur une apparence, par rapport à mon âge et ma dite situation personnelle ou celle que je devrais avoir selon les canons de la société. Je devais être tel ou tel type de personne, entrer dans une case. C’était l’image qu’on me renvoyait. Mais avec ce que je vivais intérieurement, je me trouvais en décalage avec les légendes que les gens me prêtaient. C’était une protection infaillible que je m’étais imaginé pour récupérer et reprendre des forces. C’est difficile à expliquer ou à faire comprendre. Me protéger était devenu un réflexe plus qu’une façon de penser. Le risque était que cette protection devienne une prison. C’est ce qui se passé au final. Cette routine, cette sécurité me convenait. Elle me rassurait. Je ne prenais aucun risque et convenait que ma solitude était un havre de paix.

Je n’écris pas cet article pour ressasser un passé que j’ai eu le loisir de le retourner dans tous les sens. J’ai déjà bien trop haï, détesté et perdu du temps dans ce combat inutile. Le temps a passé, les conséquences sont là. Je fais juste examen de ma conscience, le constat de ces dernières années. Même si l’eau a coulé sous les ponts, je ne suis pas sorti indemne de toutes ces relations. Cet amoncèlement n’a fait que renforcer ma méfiance envers l’autre. Tellement que je flippais un peu de tout surtout du couple car j’avais peur de chuter, pas la peur de construire mais peur de l’autre, de ses probables mensonges, trahisons, défauts.

De ce fait, j’ai eu cette désagréable impression de vivre une vie fantôme, de stagner. Bien que tout va pour le mieux dans ma vie de tous les jours : je voyage, je fais un travail épanouissant, je suis bien entouré et je découvre toujours plus. Malgré cette richesse, j’ai une impression de vide. Je ne sais pas du tout où aller et quelle direction prendre. J’ai la sensation d’être dans un purgatoire à attendre quelle voie suivre. Un purgatoire qui me complait, qui ne m’oblige à aucun choix, ni risque et qui me garantit la tranquillité de mon esprit. Justement c’est ce constat qui me dit que ce n’est pas une bonne chose.

J’ai beaucoup réfléchi à tout ça, à moi, à mes choix et à leurs conséquences. Ces dernières années ont été une perpétuelle remise en question de mes relations avec l’autre, de moi et à l’amour en général même si j’ai encore l’impression de dire un gros mot. En prenant du recul, je m’aperçois que malgré les années qui passent et accumulant de nouvelles déceptions, j’ai perdu de la confiance en moi. Sans me défendre de mon comportement, c’est surement ce qui explique ma façon de voir les choses. J’ai cette impression que je fais tout de travers, qu’on attend de moi des choses que je ne connais pas ou plus lié à mon passé ou aux choix que j’ai fait pour le supporter.

Mais je vais mieux enfin je crois. J’ai pu constater tout le chemin pour revenir à une normale, si normale il existe. Toute expérience marque, nous transforme, nous change, nous créer des réflexes de défense quasi invisibles mais présents. Tout mon passé fait partie de moi, et il n’y aura plus jamais de comme avant. Je dois faire avec ce bagage qui est le mien, lourd mais indéniablement lié à moi. J’essaye d’être suffisamment normal pour faire confiance à l’autre ou ne pas m’enfermer dans des préjugés parfois bien stupides. Aussi, j’essaye de briser cette barrière qui me protégeait si bien. J’essaye de trouver ce qui cloche chez moi : est-ce que je choisis les mauvaises personnes ou se tourne-t-on vers moi parce que je peux apporter une solution à court terme, un soutien, une béquille qui permet de se soulager pour avancer à mon détriment.

Au final, j’ai progressivement bougé les lignes, j’ai de nouveau envie de rencontrer quelqu’un, de partager du temps ou simplement prendre un café pour échanger. Certes rien n’est encore acquis, je le sais mais j’essaye de m’ouvrir un peu plus, de sortir de ma zone confort. Quoiqu’il arrive, ce temps était nécessaire, j’apprends à prendre sur moi. A me dire que des différences cela peut être constructif. A sortir de mon cocon, à ne pas avoir peur de rencontrer de nouvelles personnes. Je fais en sorte de m’affranchir mes propres barrières, savoir baisser sa garde tout en restant sur la défensive. Tirer le meilleur de mes échecs pour avancer. C’est un long chemin que surement d’autres ont suivi, que d’autres ont vécu bien plus mal que moi. Je fais seulement de mon mieux avec les moyens dont je dispose. Je ne dis pas que j’ai fait les bons choix mais j’ai fait ce qui me convenait, ce qui m’apportait une solution et qui m’a permis de ne pas m’effondrer.

Aujourd’hui, j’essaye d’avancer et de lâcher prise, tout cela est encore bien fragile mais au moins j’essaye même si je sais que ça ne sera jamais pareil.

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