Ma vie de prof

La conquête du mois de juin

C’est le dernier mois de l’année dans mon travail. Le glas de l’année scolaire. Pour moi qui  suit au lycée, cela signifie le bac, de voir des lycéens devenir des étudiants et d’autres le rester, c’est aussi un mois de rush où l’on cherche à finaliser 9 mois de travail et d’investissement avec les élèves. Effectivement les mauvaises langues diront qu’on en branle pas une durant ce mois [comme toute l’année selon leur dire] mais c’est surtout un mois où l’on met fin à dix mois de travail et d’investissement avec les élèves que l’on nous a confié.

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C’est un mois un peu bizarre qui commence avec un gros gros rush. où tout est gérer dans l’urgence, où les missions s’accumulent mais que tout doit arriver à son terme et par tous les moyens. Il n’y pas le choix. Clairement à la fin du premier tiers du mois, l’année scolaire doit être finie pour les terminales et les premières.

Cela signifie qu’en l’espace de dix jours : les bulletins doivent être complétés ainsi que les livrets scolaires. Afin de compléter ces documents, je fais un dernier devoir, des dernières notations tout en essayant de conserver la classe au garde à vous et toujours entrain au travail. Chose qui est difficile à mener quand les élèves perçoivent que dans 10 jours ou moins, ils n’auront plus de compte à rendre à personne.

Puis évidemment au delà de toutes ces obligations administratives, il faut finir achever le programme, préparer des révisions, faires des oraux blancs, revoir des sujets, répondre à l’urgence des Terminales qui réalisent que dans 10 jours ils passent le bac. Il est important d’être là pour chaque élève afin qu’il soit rassuré, préparé ou du moins confiant dans les 15 prochains jours. Puis les premières épreuves de bac tombent, des commissions pour des oraux anticipés ou autres. Je dois quitter le lycée, lâcher les heures pour remplir aux obligations de l’examen.

Bref dix jours de rush avant les conseils de classe qui concluent définitivement l’année et qui m’entraine dans une drôle de période d’un mois. Drôle période car c’est de l’attente, plus de travail sauf quand je suis appelé à le faire. Des heures au lycée qu’il faut assurer en se demandant si nous auront des élèves [ce qui est généralement pas le cas]. Une période où je surveille le bac, je répond à des problèmes d’orientation, où j’attends la prochaine journée de travail car le travail à la maison n’existe plus de fait de la libéralisation des élèves. Durant cette période seule le bac compte : correction, surveillance, commission, oral, résultats, rattrapages. Je ne vis et je ne suis organisé que par rapport à cette épreuve qui conclue la scolarité des élèves.

Alors quand les derniers élèves quittent le lycée et que les cours sont définitivement stoppés, je glisse dans une période de stop and go. Entrecoupé d’épreuves, de surveillance, de correction mais avec beaucoup de rien et pas mal de tout, jusqu’au premier tiers de juillet. Quand les résultats du bac sont définitifs, nos futurs états de services rendus ou prévisionnels, nos lycéens devenus étudiants.

Toute cette machine se stoppe d’un coup. Pour mieux repartir un mois et demi plus tard dans les mêmes conditions avec des élèves tous neufs, de nouvelles difficultés et de nouveaux challenges. Dans le métier d’enseignant, tel Sisyphe, je m’attelle à ma tâche indéfiniment. D’année en année.

Bonus vidéo :

Crédit Montage et Vidéo : Mon double maléfique

Parce que je lis de l’éco #7 : Le prix de l’inégalité

Parlons de choses sérieuses, parlons d’économie [Bien que tout le monde s’accorde à dire que Dragonball ou la bande dessinée c’est tout aussi sérieux]. Je dois vous parler de ce livre depuis au moins 6 mois. Je l’ai lu durant mon périple argentin, j’avais écrit le titre de mon article et je suis passé à autre chose mais je rattrape enfin mon retard, il est temps d’aborder la présentation de ce livre.

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Il s’agit du dernier livre traduit de Joseph Stiglitz, économiste américain, enseignant à l’université de Columbia, ancien directeur de la banque mondiale dont il s’est barré en disant que c’était de la grosse merde [comme le FMI d’ailleurs] et accessoirement prix Nobel d’économie [oui, ce monsieur n’est pas la moitié d’une couille]

Un économiste de type Keynésien [Si tu n’as pas fait d’économie, en clair, il kiffe grave que l’état intervienne dans l’économie] et critique sur le libéralisme à tout va et l’économie en roue libre. Son dernier livre parle évidemment d’économie mais aussi de pauvreté, d’inégalités des revenus et surtout de l’écart croissant entre les plus riches et les plus pauvres. L’ouvrage prend son point de départ en 2008 suite à la fameuse crise des sub-primes qui pulvérisé le marché de l’immobilier américain et mis une bonne partie des américains moyens dans la rue [Si tu veux en savoir plus fonce voir The big Short, un film génial]. Une crise liée en partie à l’abandon de l’Etat américain de son économie pour un tout libéral et une faible intervention au détriment des plus faibles.

C’est un livre à charge, clairement, contre l’Etat américain, les pouvoirs des lobbies, les riches. Il décrit une économie et une politique américaine qui visent clairement à écraser les plus pauvres pour privilégier les plus riches. Le livre parle surtout des USA mais en tant qu’Européen et français nombre de situations décrites dans le livre me font écho. Certes, à un degré moindre de par le système social français bien plus fort qu’aux Etats-Unis mais qui font réfléchir. Clairement la situation est inquiétante quand on entend le discours des libéraux ou ultralibéraux qui rêvent tout haut d’un dérèglement des règles sociales ou du travail en France et en Europe.

Stiglitz met en garde tout au long de son livre, exemples à l’appui, du massacre économique, des tactiques ne visant qu’à renforcer le pouvoir des plus riches et empêcher l’accès aux classes moyennes ou pauvres à la culture, au droit de vote, à l’éducation, la nourriture saine etc. C’est un pamphlet très critique sur l’économie et la politique sociale américaine mais Stiglitz n’est pas qu’un simple critique, c’est avant tout un économiste. Il propose des solutions sociales, économiques, c’est très loin d’être un anarchiste à mort le système ou un anti capitaliste. Il estime que le capital, l’investissement est important pour se développer mais qu’il faut le contrôler, le mettre au pas pour éviter les dérives et que l’Etat doit se mettre au service du peuple et non au service de quelques personnes en servant leurs intérêts.

C’est là l’idée de ce livre, le prix de l’inégalité montrer l’inégalité croissante et en quoi cette inégalité va être ou sera la source de problèmes pour la paix sociale entre les plus riches et les plus pauvres. D’ailleurs, je pense que son livre vise juste, en le lisant, je n’ai pu faire que des parallèles entre une société qui se sent dos au mur face à une classe dirigeante qui se plaint d’être juste avec 4000€ par mois voire plus, que certains hommes d’affaires, ou politiques ne sont pas condamnés par la justice alors que coupable. Bref des inégalités de plus en plus frappantes qui semblent être normales par une certaine classe et injuste pour l’autre. Ce que l’on pourrait nommer une nouvelle noblesse avec des privilèges d’un autre temps [l’expression préférée de mon papa]. Malheureusement sans réaction de la part des pouvoirs publics, je rejoins Stiglitz. Nous allons au clash et cela sera désastreux pour les économies développées.

C’est un bon bouquin, largement accessible pour toutes personnes qui a minimum des connaissances sur la géopolitique mondiale et ses enjeux. Ceci dit tous les exemples et solutions s’adressent au système américain même si dans l’idée, la même situation pose problème en France. Notre pays a bien plus de garde-fou mais il faut l’avouer cette différence française se voit de moins en moins. La preuve en est : Lagarde coupable mais pas de peine, Guaino qui n’arrive à vivre avec 5100€ par mois etc…

Je trouve que c’est un excellent livre de mise en garde, des bonnes idées que les gouvernants, les hommes d’affaires doivent avoir en tête. Un recueil qui montre de bons exemples qui alertent sur ce qui se fait et en quoi c’est dangereux mais surtout, il propose des solutions qui remettent en cause les dérives actuelles sans transformer notre modèle économique. En ça, il est intéressant et instructif.

Mes devoirs à la maison

Cette semaine, nouvelle bataille dans l’éducation à la française : les devoirs à la maison!! En mode c’est le mal parce que trop d’inégalités!! Alors il ne faut pas en faire, parce que c’est nul et que ca sert à rien……Arrêtez l’école aussi parce que c’est nul et chiant aussi…..

Oulalala qu’est ce que c’est que ce bordel???

Donc les devoirs à la maison, c’est nul, ok. Ca crée des inégalités parce que Papa ou Maman ne peuvent pas les faire aider notre chère petite tête blonde… A lire certains commentaires, j’ai l’impression qu’en salle des profs, tout le monde se réunit le vendredi en fin de journée et fait péter le champagne en se félicitant d’avoir bien plomber le weekend de chaque classe en les assommant de devoirs. Voire complote pour réduire à néant le moral des élèves dans le genre : “nous allons leurs donner tellement de devoirs à la maison qu’ils noieront dedans et nous pourrons conquérir le monde !!!”

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euh non, en fait, pas du tout….

L’objectif est autre et j’ai l’impression que c’est cela qui n’est pas bien compris. Le but des devoirs à la maison est de faire gagner en autonomie l’élève, de le faire apprendre par lui même, bref lui donner la possibilité de bosser ce qu’il a revu en cours, d’approfondir ces bases et de savoir se débrouiller seul [Parce que la vraie vie, elle est pas gentille]. Ils doivent permettre progressivement jusqu’au lycée faire gagner en autonomie l’enfant pour qu’arrivé à la fac, dans le supérieur ou dans le monde du travail [où il n’y a plus de soutien, il a des CM facultatifs, du travail personnel, etc] que l’enfant devenu étudiant est un début de méthode pour savoir travailler seul.

Le plus inquiétant est qu’une grosse partie des critiques :  c’est les parents n’arrivent pas à faire les devoirs… Une question, Parent : c’est toi qui va l’école [c’est bon, tu es dans la vie active, tu peux arrêter, c’est terminé]. Juste pour rappel, les professeurs n’interrogent par les parents [sinon on vous demanderait de venir à la place de Hugues-Dylan, autant qu’il reste chez vous]. La seule chose que demandent les enseignants aux parents est de vérifier si le travail est fait, si les leçons sont apprises. Aider, corriger ou évaluer l’élève est le travail de l’enseignant et c’est lui qui adaptera son travail en fonction de ça. Bref les profs ne demandent pas à papa ou maman de faire le travail mais de vérifier si celui ci est fait. c’est tout [donc arrête de galérer sur ce problème de math, Parent].

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De plus, les devoirs sont en fonction de la leçon apprise en cours, travaillée en cours, revue en cours. A aucun moment un prof peut sortir : “bon vu que vous maitrisez Pythagore, je vous met en DM une petite équation différentiel à 3 inconnues niveau Math Sup comme ca pour chauffer”. NON, le but n’est pas de punir l’élève mais bien de lui permettre de revoir chez lui ce qu’il a vu en cours pour de progresser et conserver ses acquis. Puis si on regarde la critique de plus près, l’inégalité n’est pas que dans les devoirs à la maison ou pas. Ce serait un peu facile. Imaginez, réunion de l’Education Nationale :

-“bon les gars les DM créent des inégalités, on fait quoi?”-

-“On les supprime?”

-“Putain mais t’es un génie, Bertrand!! Génial on fait çà, c’est une putain de bonne idée, allez hop problème réglé. Il y a quoi à la cafet ce midi?”

Ce problème n’en est qu’un parmi tant d’autres, l’inégalité existe mais c’est en donnant les outils nécessaire d’apprentissages, les connaissances que les élèves se construisent et progressent. Il serait plus intéressant de cibler les élèves en difficultés et les aider eux. Mais depuis un certains temps, l’Education Nationale n’affrontant pas les problèmes de ces inégalités, joue par l’esquive. Les redoublements ne concerne que les classes moyennes ou défavorisées BAM! INEGALITE. Suppression des redoublements. Les classes favorisées peuvent se payer des cours de soutiens, BAM! INEGALITE. Aide personnalisée à 20 élèves ou plus obligatoire pour tous les élèves [tape dans tes mains si tu sens la personnalisation].

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Au nom de l’égalité, l’EN semble imposer des méthodes miracles à tout le monde alors qu’elle ne fait que niveler, découper ce qui dépasse pour mettre au même niveau tout le monde. Malheureusement, il est plus facile de réduire la difficulté pour cacher la misère. L’astuce étant ils verront plus tard [entendu pour de vrai]. Réduire des programmes, booster des coef qui rapportent, limiter l’impact de certaines matières ou épreuves pour facilité l’obtention du bac ou d‘un diplôme et montrer qu’un fils d’ouvrier peut avoir le bac comme Hugues-Edouard dont papa a fait HEC et est cadre sup. Faire de la bonne stat, en somme0. Mais à mes yeux c’est ce que l’on appelle un cache misère.

Bref les DM, comme le redoublement sont vu comme une sanction mais il n’en est rien, ce sont des points d’appuis pédagogiques pour renforcer les connaissances, le savoir acquis en cours et surtout donner un  bagage nécessaire à l’enfant, l’ado et le futur adulte pour savoir apprendre par lui même, être autonome et résoudre un problème. Certes la méthode n’est pas parfaite mais ce n’est pas en supprimant les DM que les inégalités disparaitront par magie. Elles seront surtout moins visible car nous n’aurons rien pour les mesurer. Bref nous en créerons de nouvelles qui seront encore plus invisibles que les précédentes.

Alors même si cela plombe une heure ou deux dans un weekend, les devoirs à la maison sont nécessaires, ils font parti de l’apprentissage.

Fin de Remplacement

En 2006, je devenais titulaire remplaçant à l’Education Nationale. En clair, j’étais un fonctionnaire de l’Etat en poste qui devait prendre tous les remplacements se présentant chaque année. J’ai rempli ma tâche durant dix longues années.

Jon Snow

Dans un premier temps loin de chez moi. Deux ans à Bazeilles et Sedan. 200 km journaliers, deux heures de routes trois à quatre fois par semaine qui ont pour conséquence la mise en place du système de co-voiturage le plus élaboré du monde. Ce faut aussi de bonnes rencontres qui sont toujours actualité aujourd’hui. Je pourrais même dire que Sedan me rappelle régulièrement à son bon souvenir de la manière la plus agréable.

J’ai pu par la suite me rapprocher quelque peu de chez moi. Toujours dans les Ardennes mais à Charleville. J’ai gagné 20 km mais surtout le transport ferroviaire. Que le train est agréable, certes l’heure de transport est toujours présente mais se laisser bercer par le son régulier de la rame fut un bonheur. J’ai travaillé dans deux lycées. Une année au lycée Monge avec l’emploi du temps le plus pourri de l’histoire puis je suis parti au lycée Sévigné où je suis resté quelques années. J’ai pu étendre mes capacités pédagogiques, allant de la Seconde au BTS. Ce même lycée m’a permis d’obtenir mon diplôme d’enseignant de Taekwondo.

Puis j’ai eu un poste de remplaçant titulaire sur Reims. Je me voyais à peine abandonner le train que l’on me proposa directement de le reprendre pour continuer mon enseignement à Charleville dans le même lycée. Ce fut épuisant mais bénéfique pour voyager. Cet exilé forcé m’a permis de découvrir le Japon et bien des contrées durant trois ans.

Enfin j’ai pu enfin revenir sur Reims. Fini l’exil dans les lointaines contrées du nord. Nouvel établissement, nouvelle organisation et surtout qu’est ce que l’on allait faire de moi. Je fus homme à tout faire principalement soutien d’une collègue pour soutenir ses classes de toute perdition scolaire. Puis j’ai eu un emploi du temps complet cette dernière année en tant que remplaçant.

La nouvelle est tombée ce mercredi, je quitte mon poste de remplaçant pour prendre celui de titulaire. Dix ans de patience pour revenir sur Reims et avoir mon premier poste définitif. Je sais que l’année prochaine, je n’aurais pas à me demander dans quel établissement je vais tomber, qui je vais remplacer ou quel trou je vais devoir combler. J’ai enfin un poste fixe.

“And now his watch is ended”

Ma découverte de petits crocodiles scolaires

J’ai vécu un fait dérangeant dans mon lycée. Un truc un peu sale qui me reste à travers la gorge. Evènement qui m’a fait réaliser qu’il est difficile d’intervenir car le réflexe n’est pas là. Ce que l’on appelle du harcèlement de rue…

C’était un vendredi, je sortais dans la cours du lycée pour enfin partir pour un week-end bien mérité. Je croise une élève. Puis un groupe d’élèves. Des garçons… Puis ce groupe m’interloque sur leur façon d’être et de se tenir. En effet un des garçons qui a son téléphone portable à la main ne semble pas le consulter. La position de celui-ci est trop relevée.

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En passant à proximité du groupe tout en continuant ma route, je ne peux que me demander ce qu’il fait dans cette position. Puis mon cerveau réalise qu’il avait une fille devant eux. Je passe le groupe et décide de me retourner. Mon regard croise la jeune fille de dos puis l’écran du mobile en mode vidéo ou photo impossible de savoir. Mais clairement le plan est centré sur une partie précise de l’anatomie de cette lycéenne. Mon cerveau bloque, une seconde, ou deux. J’ai du mal à réalisé qu’au sein de la cours de récréation d’un lycée, des gamins se livrent à de tels agissements. Le temps de réagir, je décide de faire demi-tour pour prendre en chasse ces individus en me demandant ce que je leur fais. Prise des carnets de correspondance, prendre le téléphone, il faut un flagrant délit sinon c’est ma parole contre la leur. Et si ce sont des bons élèves autant dire que ça va passer dans une zone d’oubli.

Le temps de repartir dans leur direction, le groupe à disparu dans le couloir et les escaliers. Je monte un étage puis commence à monter le deuxième. Je crois un groupe de garçons, il me semble que c’est eux mais ils ont terminé leur forfait… est ce qu’ils commentent leur prise vidéo. Je ne sais pas. Comment intervenir, ils ne peuvent que nier. Ils passent à l’extérieur et semble rejoindre leur salle de cours.

obslogoJ’arrête ici ma poursuite, manquant de preuves et n’ayant pas eu le reflexe de réagir au bon moment. Je m’en suis voulu car ce genre de comportement dans une période où on lutte contre le harcèlement de rue est devenu un vrai combat. Où il faut éduquer les jeunes garçons a ne pas commettre ce genre de forfait. Surtout que maintenant, c’est une faute sanctionnée par la loi. Il était de mon devoir de donner l’exemple et surtout une bonne leçon pour éviter ce genre de dérive.

Mais je me suis aperçu que réagir n’est pas facile, où il faut avoir la présence d’esprit de le faire surtout qu’ici, il s’agit de prouver les torts, d’agir rapidement et surtout avoir le bon timing. N’oubliant pas que la spécialité des lycéens est de nier par défaut, faits et preuves à l’appui. Ce n’est pas de leur faute, ce ne sont pas eux et ce n’est pas grave.

Aujourd’hui, je cherche un moyen d’agir ou de réagir dans le lycée. Depuis je reste vigilant et je sais ce que je ferais dans ce cas présent. Je m’y suis préparé. Encore une fois c’est désolent de voir ce type de spectacle d’un tel machisme primaire. Pour le moment, j’essaye de retrouver ce groupe de lycéens parmi les 2000 élèves de mon lycée. Espérant les prendre sur le fait et faire le nécessaire.

 

Les images sont tirées du projet crocodile qui a pour but de dénoncer l’harcèlement de rue sous toutes ses formes.

Mes étudiants de Master qui ne comprennent pas leurs notes

Cette année, j’ai fait cours avec des Master 1. C’est quelque chose d’assez irrégulier du fait que je pallie plus au manque de la fac. J’avais accepté un peu à contre cœur car mon emploi du temps était un peu beaucoup méga blindé ce premier semestre. Puis je me suis dit que c’était intéressant car le niveau est plus élevé [Bac+4] mais aussi des classes avec des effectifs réduits donc des conditions optimales de travail et assez plaisante [puis aussi la thune, je prépare mon grand voyage 2016, moi!]. Mais fait, non pas du tout.

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Je me suis fait carrément un peu avoir. J’avais deux classes d’un niveau Master certes mais plus de 85 étudiantes inscrits. Soit des TD de plus de 40 étudiants. Evidemment dans une salle pas du tout prévue pour des groupes aussi grands. Ce qui obligeaient les étudiants à s’entasser dans ma salle. Trop petite et pas assez fournie en chaises et en tables. J’avais trois voire quatre étudiants sur une table prévue pour deux, d’autres en bout de table bref des situations inconfortables et des conditions de travail carrément aberrantes. Mon mail pour changer de salle plus adaptée à recevoir mes groupes à trouver lettre morte. De plus une minorité était là pour améliorer leur score à Candy Crush ou autre jeu de leur portable bref me faire perdre du temps et gâcher de l’espace [oui petit étudiant qui n’est là que pour éviter la défaillance et éviter de revenir au rattrapage, je t’ai vu]

Le plus aberrant dans cette histoire est que cette surpopulation d’étudiants était concentrée dans un Master de Marketing. Quand j’ai demandé la confirmation à mes étudiants, ils ont du voir mon regard débité en mode : « que font 80 étudiants en master Marketing à l’Université de Reims…. »

Pour rappel, un Master est censé donner accès à des fonctions de cadres supérieurs, sachant que la région Champagne Ardennes n’a quasi pas de postes de ce niveau à proposer, qu’il y a une école de commerce réputée dans la ville. De plus Paris avec ces universités et écoles de commerce prestigieuses se trouve à 120 km [45 minutes de TGV]. De mon point de vue, cela ressemblait à un improbable remplissage de section pour un aller direct à Pôle Emploi….Bref j’étais assez inquiet pour leur avenir.

Inquiétude confirmée par le devoir que j’ai donné. Qui me prouvait un passage sans réel barrage à la montée et en surnombre des étudiants. J’avais repris un sujet de BTS un peu amélioré, composé des différents points que j’avais vu en TD avec eux.

Je vous parle de Master, vous pensez forcément : analyse, argumentations, connaissances….ce fut un des pires devoirs que j’ai corrigé cette année. J’ai eu le droit à des dessins reproduction de schéma complétée de l’argumentation du pauvre quand j’avais de la chance…. Misère de misère… Tellement outré par la pauvreté des copies que j’ai accompagné mes notes d’un message d’information destiné aux étudiants pour leur expliquer que ça serait trop d’honneur de nettoyer la litière de mon chat avec leurs copies.

Puis parmi mes étudiants de M1, il y a évidemment quelque uns convaincu de leurs connaissances. Suite à cette débâcle, c’est clairement l’incompréhension. En clair, j’ai reçu mes traditionnels messages « je ne comprends pas, j’ai eu 5 alors que je pensais avoir 15[au bas mot] » ou j’aimerais voir ma copie car j’ai pris une fessée monumentale. Bref le pire c’est quand je regarde la copie…. Et que la note se confirme par la pauvreté de la copie ou l’incohérence des réponses voir l’étudiant qui n’a répond qu’a une question mais à fond sur 6…..Du coups, j’hésite à leur répondre « euh non mais en fait t’es juste mauvais »…. D’ailleurs certains sont tellement peu convaincus de mes explications [détaillés] qu’ils m’ont demandé leur copie. J’ai donc scanné quelques copies et je les ai envoyés. Depuis plus de nouvelles. Curieux… Pas tant que ça.

Je suis surtout triste de constater un tel niveau universitaire mais aussi de mauvaise foi. Surtout quand l’argumentation ne suit pas ou une si peu grande volonté de réussite [je pense toujours à toi, étudiant au portable]. Je pense que l’université ne s’aide pas beaucoup en acceptant autant d’étudiants à de tels niveaux. Je reste curieux de la suite et de ce que va donner ce genre de promo.

Mes sacs de la maturité

Je suis rentré dans un grand sujet de conversation avec une très chère amie. Représentante de la gente féminine et étudiante de son état. Elle me faisait la réflexion que les élèves enfin les filles du lycée sont de plus en plus mature physique, plus femmes. Surtout à l’époque où elle-même était une petite lycéenne ces converses aux pieds et son sac Eastpack. Elle me donna d’ailleurs comme un point de référence : les sacs des filles. Elle avait remarqué le nombre de sac à mains plus présent et surtout de grandes marques bref il y a plus classe, plus de féminité chez mes lycéennes actuelles…

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C’est un débat intéressant car personnellement, je trouve que non… Elles n’ont pas changé, enfin pas beaucoup elles sont les mêmes. Les lycéennes de mon époque ou celle d’aujourd’hui sont toujours les mêmes adolescentes, jeunes filles en devenir. Le principal changement est d’ordre vestimentaires. Car étant prof au lycée, je vois chaque année des garçons et filles du même âge défilés devant moi qui ne se distinguent d’une année à l’autre que par la mode vestimentaire : jean slim déchirée aujourd’hui, t-shirt à carreau hier, veste en jean avant-hier. Bref cet élément change mais je trouve que le physique ne bougent pas ce sont juste des filles qui sorte de l’adolescence ajustant encore et encore les points de détails comme le maquillage, le style, la mise en valeur qui sera ajustable plus ou moins en fonction de maturité de la personne et de l’affirmation de celle-ci en tant qu’adulte.

Nous avons toujours ces délicieux styles : Super cagole, la skateuse, la gothique, la petite fille, la classique, la proutprout, la weshgroskeskia, le pull trop large cachonssesformes ou ce décolleté n’obéissant à aucune décence pour une fille de 17 ans[Choisi ton style !!]. A côté du style vestimentaire, le maquillage plus ou moins à outrance tentant de gommer les dégâts de la puberté avec fond teint en mode ouvrier plâtrier, orangé en mode UV ou pour les plus chanceuses : naturelle. Bref cela n’a pas évolué depuis que j’ai quitté le lycée.

Mais revenons aux sacs à mains. A mon époque les filles avec des sacs à mains plus ou moins large pour ranger de manière improbable les cours ou pour les filles encore scolaires n’étant pas rentrées dans ce mode je suis une femme vite un sac à main : le classique sac à dos.

Par curiosité j’ai observé mes terminales et mes premières et même mes étudiantes. La proportion sac à main / sac à dos évoluent avec les années qui passent. Mes lycéennes ont encore pour un bon tiers ce fabuleux sac à dos indémodable et les autres tiers ce sac à main range tout et foutrac où leur vie entière est à disposition. Cette proportion diminue aux fils des ans pour laisser une totale suprématie du sac à main sur la gente féminine. Ah et dernier point, Mon amie m’avait parlé de sac de grandes marques mais vu le lycée et l’origine sociale des élèves qu’elle avait pris pour exemple…. Ceci n’est que l’apanage des lycées bourgeois de centre-ville car Papa ou Maman n’achète pas du sac bon marché. Le statut social est aussi un gros marqueur encore fort au lycée et cette tendance n’est point gommé encore aujourd’hui.

Alors non, mes lycéens changent chaque année, j’ai de nouvelles têtes tous les ans mais leurs habitude, leur façon d’être, leur physique ne bougent pas. Ce sont toujours des adolescents bousculés par la mode du moment en train de se chercher.

 

 

PS : Je m’aperçois que sur la toile, c’est un vrai débat de société pour les filles allant à l’école…